Le Jardin d’hiver des Ursulines : la pépite art nouveau qu’on a juste à côté de Bruxelles

Le Jardin d’hiver des Ursulines : la pépite art nouveau qu’on a juste à côté de Bruxelles

Mis à jour le 6 juin 2026 par pierre

On pense connaître les environs de Bruxelles, et puis on tombe sur un endroit pareil. À une trentaine de minutes de route, du côté d’Onze-Lieve-Vrouw-Waver (Wavre-Notre-Dame pour les intimes, à une dizaine de kilomètres de Malines), se cache un lieu qu’on ne soupçonne pas en passant devant. De l’extérieur, c’est un grand ensemble scolaire en briques. À l’intérieur, c’est une autre histoire. On pousse une porte, on lève les yeux, et on reste planté là, bouche ouverte. Bienvenue au Jardin d’hiver des Ursulines.

Le moment « waouh »

Le coeur du lieu, c’est cette verrière de 1900, pur art nouveau, posée comme un écrin au milieu d’un complexe par ailleurs très néogothique. De fines colonnes en fonte, une structure métallique aux courbes florales, et des vitraux absolument partout. La grande verrière en arc de cercle laisse passer une lumière qui change tout : des fleurs grimpantes, des hirondelles dans un ciel doré, et aux deux extrémités de la salle, un vitrail pour le lever et un autre pour le coucher du soleil. La coupole, elle, joue sur les thèmes du matin, du midi et du soir, un grand classique de l’art nouveau.

Ce qui ajoute au mystère : on ne sait toujours pas qui en est l’architecte. Le maître d’oeuvre a fait un travail magistral et a disparu des registres. Les visiteurs qui ont repéré l’endroit depuis des années sur des photos le disent tous : en vrai, c’est encore plus impressionnant. Même par temps gris, la salle est inondée de couleurs.

Des religieuses sacrément en avance

Derrière la beauté, il y a une histoire de femmes plutôt gonflées. Au milieu du XIXe siècle, huit soeurs ursulines quittent leur couvent de Tildonk et s’installent dans la Bosstraat pour fonder une école de filles, à une époque où l’éducation des filles n’allait pas franchement de soi. Leur idée : qu’une jeune fille puisse apprendre autre chose que le français, la broderie et le piano. L’internat qu’elles ouvrent, le « pensionnat de demoiselles », finit par se faire une réputation qui dépasse largement les frontières, avec des élèves venues de toute l’Europe, mais aussi d’Australie et d’Amérique du Sud.

Le jardin d’hiver, construit en 1900, c’était leur carte de visite : une salle de réception spectaculaire pour impressionner les familles fortunées qui venaient confier leurs filles. Un pari osé, mais réussi. Le bâtiment a même survécu à la Première Guerre mondiale, les soeurs ayant fait pivoter la structure fragile pour la glisser entre deux ailes et la protéger. Aujourd’hui, le site est classé, et on y croise un mélange de styles assez fou : art nouveau, néogothique, néo-Empire et art déco se côtoient au fil des couloirs aux noms évocateurs (Couloir de l’Empire, Salle des Alpes, Réfectoire La Fontaine, Escalier d’honneur).

Le détail qui marque tout le monde : la galerie des pianos

Si vous lisez les retours des visiteurs, un endroit revient sans cesse : l’enfilade de salles de répétition, chacune avec son piano. La galerie des pianos, c’est le genre de couloir qui vous fait imaginer des dizaines de jeunes filles en train de jouer en même temps, un siècle plus tôt. Petit point d’attention, et il est important : cette galerie n’est pas comprise dans la visite libre avec audioguide. Elle se découvre uniquement en visite guidée (on y revient plus bas). Autre anecdote glanée dans les avis : un groupe comptait deux dames âgées qui avaient été pensionnaires sur place, et leurs souvenirs ne collaient pas toujours tout à fait au récit du guide. Le genre de moment qui ne s’invente pas.

Pourquoi on en entend parler maintenant

Pendant longtemps, le jardin d’hiver ne se visitait qu’en groupe, sur réservation, ou lors des Journées du Patrimoine. Le site a fermé fin 2022 pour une grosse campagne de restauration, puis a rouvert en 2024 avec une nouveauté qui change tout : un parcours d’expérience avec audioguide, qui permet enfin de le découvrir en visiteur individuel. D’où l’impression, partagée par beaucoup, de tomber sur un secret bien gardé. La gestion est assurée par la Fondation Kempens Landschap et l’asbl Wintertuin, qui ont d’ailleurs reçu un prix européen pour l’accessibilité du lieu.

Comment visiter, concrètement

Il faut réserver et payer son billet à l’avance en ligne, par créneau horaire. Trois formules existent, et le choix dépend surtout du temps et de l’envie d’en voir plus :

La visite libre avec audioguide (le « parcours d’expérience ») se fait les vendredis, samedis et dimanches de 12h30 à 15h30 (plus le mercredi après-midi pendant les vacances de Pâques jusqu’à fin août). Comptez environ une heure, audioguide en français, néerlandais ou anglais. Tarif : 15€ en plein tarif, 10€ pour les habitants de Sint-Katelijne-Waver, 2€ pour les enfants de 5 à 15 ans. Recommandé à partir de 12 ans.

La visite guidée d’introduction, ouverte aux individuels et aux familles, a lieu le samedi et le dimanche à 10h ou 14h (en français à 14h). Comptez environ deux heures. Tarif : 18€, 2€ pour les enfants. C’est cette formule qui donne accès au réfectoire La Fontaine, à l’église conventuelle et à la galerie des pianos. Si vous voulez tout voir, c’est celle-ci.

La visite guidée de groupe enfin, pour les groupes d’au moins 15 personnes, du mardi au vendredi et le week-end matin, à 15€ par personne plus 60€ de frais de service par réservation.

Côté pratique : parking gratuit avec quelques places réservées juste à côté de l’entrée. En transports, on prend le train jusqu’à Malines, puis un bus (510 ou 511) jusqu’à l’arrêt Onze-Lieve-Vrouw-Waver Kerk, à 200 mètres de l’institut. Le site est aussi pensé pour les personnes aveugles ou malvoyantes (audioguide adapté, maquette tactile) et les chiens guides sont les bienvenus. Bon à savoir : fermeture hivernale chaque année du 1er décembre à fin février, réouverture le 1er mars.

Notre verdict

Pour une sortie en couple, en famille ou juste pour s’offrir une parenthèse hors du temps sans quitter la région, c’est une vraie réussite. On vient pour la verrière, on repart avec une histoire en tête. Et si vous hésitez entre les formules, notre conseil tient en une phrase : prenez la visite guidée du week-end, rien que pour la galerie des pianos. C’est le genre d’endroit qu’on a envie de garder pour soi, mais qui mérite trop d’être partagé.

Infos et réservations : visitwintertuin.be