Le cimetière du Dieweg à Uccle, le décor d’Halloween que Bruxelles ne vous montre pas

Mis à jour le 21 octobre 2026 par pierre
On a beau connaître Bruxelles par cœur, il y a des grilles qu’on pousse avec un léger frisson. Celle du Dieweg, à Uccle, en fait partie. Derrière, pas de pelouses tirées au cordeau ni d’allées ratissées, mais un sous-bois où les croix en fonte disparaissent sous le lierre et où les mausolées semblent avoir signé un pacte avec les arbres.
On le surnomme parfois le petit Père-Lachaise bruxellois. La comparaison flatte, mais elle est un peu injuste : ici, c’est la végétation qui tient le premier rôle, et c’est précisément pour ça qu’on y revient.
🕯️ Un cimetière né d’une épidémie
Le Dieweg n’est pas né d’un projet paysager, mais d’une urgence. En 1866, le choléra fait des ravages et pousse la commune d’Uccle à acheter un terrain loin des habitations, le long d’un très vieux chemin. La première inhumation a lieu l’année suivante, en 1867.
Ce chemin, justement, mérite qu’on s’y arrête. Le Dieweg remonte à l’époque romaine et son nom viendrait de « Died-weg », la route du peuple, autrement dit une voie publique à une époque où la plupart des chemins appartenaient à des particuliers. Et pour l’anecdote, le cimetière est bordé par… la rue du Repos.
Petit détail qu’on adore à l’entrée : un pilier de la grille porte une inscription datée de 1851, quinze ans avant la création du cimetière. Rien d’anormal, elle vient de l’ancien cimetière de l’église Saint-Pierre, rachetée par la commune en 1875 et remontée ici.
🌿 Quand la forêt reprend ses droits
Officiellement désaffecté en 1945, le cimetière accueille encore des Ucclois jusqu’en 1958, date à laquelle on y compte plus de 38.000 défunts. Au début des années 1980, l’entretien se limite aux allées, et la nature fait le reste. Chênes, sorbiers et érables poussent entre les tombes, au point de soulever ou de faire basculer certains monuments.
Le résultat est saisissant, surtout en automne quand la lumière filtre à travers les feuillages roux. C’est aussi une vraie réserve de biodiversité : plus de 200 espèces de plantes y ont été recensées, une dizaine de variétés de lierre courent sur les pierres, et les naturalistes y ont croisé pic vert, épervier ou écureuil roux. On a l’impression de se promener dans un roman gothique dont le décor aurait été confié à un botaniste.
🏛️ Un musée à ciel ouvert de l’art funéraire
Ce qui frappe ensuite, c’est le défilé de styles. Néoclassique à frontons et colonnes, néogothique flamboyant, éclectisme, Art nouveau puis Art déco : le Dieweg raconte un siècle de goûts bourgeois bruxellois, pierre après pierre.
Impossible de rater le mausolée Allard, en bordure du Dieweg. Construit en 1878 par l’architecte Gijs pour cette dynastie de financiers, ce monument néo-roman aux touches byzantines couvre 160 m² et abrite une crypte de 78 caveaux. Un peu plus loin, le monument Fumière pousse le néogothique jusqu’au pastiche, avec gargouilles en forme de hiboux et escargots sculptés aux angles des ouvertures. On vous laisse les trouver.
Les amateurs d’Art nouveau feront le pèlerinage jusqu’à la tombe des époux Stern, dessinée par Victor Horta en 1896. Pas de grandiloquence, juste une leçon de courbes, avec des agrafes sculptées qui semblent sceller la pierre dans le sol. Pas très loin, un sphinx Art déco veille sur la tombe de la famille Sermon-Van Gelder : on le doit au sculpteur Marcel Rau, filleul de Horta.
✡️ Un tiers du cimetière, une mémoire juive
Une grande partie de l’émotion du Dieweg tient à sa partie juive, le plus vaste champ de repos juif du XIXe siècle à Bruxelles. Après la fermeture du cimetière israélite de Saint-Gilles, saturé, le premier enterrement juif a lieu ici en 1877. Les tombes aux inscriptions hébraïques finiront par couvrir environ un tiers de la surface, sans aucune clôture pour les séparer du reste : le cimetière est communal et non confessionnel.
Apprenez à lire les stèles et la balade change de dimension. Deux mains sculptées en geste de bénédiction signalent un kohen, une cruche à huile désigne un lévite. Beaucoup de tombes n’ont aucun décor figuré, fidèles à l’interdit des images.
C’est aussi dans cette partie que la nature est la plus envahissante. L’absence d’entretien y rappelle une réalité douloureuse : de nombreuses familles ont été dispersées ou anéanties par la Seconde Guerre mondiale, et plus personne n’est là pour fleurir ces tombes.
🖋️ Hergé, Hankar et les autres
Reste la question que tout le monde se pose en arrivant : où est Hergé ? Georges Remi, qui habitait le Dieweg, a bénéficié d’une dérogation exceptionnelle pour y être enterré en 1983, à la demande de son épouse. Sa tombe, sobre et moderne, est fléchée. Pas de figurine de Tintin ni d’hommage tapageur, et c’est très bien comme ça.
Le Dieweg compte bien d’autres pensionnaires de marque. L’architecte Art nouveau Paul Hankar, Jean-Pierre Cluysenaar (le père des Galeries Saint-Hubert), le chef catholique Charles Woeste, la pédagogue Isabelle Gatti de Gamond ou le banquier Léon Lambert y reposent, au milieu de générations de familles uccloises. Une partie du plaisir consiste à tomber sur ces noms au détour d’un if.
🚶 Nos conseils pour la visite
Le site est classé depuis 1997, et la commune vient d’y mener un chantier d’environ 1,3 million d’euros pour refaire les trois allées principales, rongées par l’érosion. Inauguré en mai 2026, ce lifting rend la descente bien plus praticable sans rien enlever au caractère sauvage des parcelles. Prévoyez quand même de bonnes chaussures : hors des allées, le terrain reste accidenté et certains monuments sont instables.
On y va idéalement en fin de matinée ou en début d’après-midi, car le cimetière ferme tôt. L’automne et le début de l’été sont nos saisons préférées, la première pour les couleurs, la seconde pour les floraisons sauvages. Et on n’oublie pas qu’on est dans un cimetière : on reste discret, on ne grimpe pas sur les tombes et on garde les shootings dramatiques pour d’autres décors.
📍 Cimetière du Dieweg, Dieweg 95, 1180 Uccle
🕓 Ouvert tous les jours, fermeture vers 16h (16h30 le week-end)
🚋 Tram 92, ou une quinzaine de minutes à pied depuis la gare d’Uccle-Calevoet
À peine un pied dans la capitale Belge, Pierre lance il y a plus de 10 ans « InsideBrussels.be », l’idée est simple: « Que faire? Où aller manger ou boire un verre ? « . Entrepreneur dans l’âme, ce n’est pas son premier projet! Loin de là. EatLocal.io; KingCard.be, Bricabrac.be … Comme le vin, avec le temps le projet se bonifie!
Pierre n’hésite pas à partager ses coups de cœur et ses meilleures adresses de restaurants Bruxelloises qu’il pourrait vous recommander les yeux fermés.